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Qui a fait prisonnier François Ier à Pavie ?

C’est peut-être un de mes cousins de Galice. Si j’exprime un doute, ce doute ne concerne que ma parenté avec lui, D. Alonso PITA da VEYGA.

Car son fait d’armes a eu lieu, il est historique et ne pose pas de problèmes. Les documents probants existent, ceux signés du roi de France lui-même, et ceux signés de l’Empereur Carlos V quelques années plus tard, en 1529.

Ma parenté viendrait du fait que j’ai une grand-mère venant de la famille PITA (ou PITTA) da ORTIGUEIRA. Et entre les PITA da ORTIGUEIRA, enracinés dans le nord de la Galice, à quelques lieues de Compostelle, et les PITA da VEYGA, originaires de la même zone de la Galice, qui va vers le nord de Saint-Jacques de COMPOSTELLE, vers la côte, vers la COROGNE, le FERROL… le cousinage me paraît certain. D. Alonso PITA da VEYGA est né au FERROL, nord de la Galice.

Les PITTA qui ont fait souche au Portugal, les deux frères Gonçalo et Joao PITTA da ORTIGUEIRA, étaient des jeunes « hijos d’algo » qui en route avec leurs gens pour marquer des propriétés leur appartenant, firent une mauvaise rencontre avec les gens du comte de LEMOS, qui revendiquait les mêmes propriétés. Il y eut un mort du côté des gens du Comte et les deux frères savaient que la vengeance serait terrible.

Sans tarder ils fuient vers le nord du Portugal, où D. Paio RODRIGUES de ARAUJO, gouverneur de la forteresse de CASTRO LABOREIRO leur fait très bon accueil. Il les trouve « très distingués et de très agréables personnes » (N.F.P.) Il leur conseille d’aller à la rencontre du roi du Portugal, qui guerroyait pas très loin de là. Après mûre réflexion, ils décident d’aller plutôt se mettre au service du prince héritier, futur D. Joao II. Celui-ci les reçoit aussi très favorablement.

Fini leur pazo (manoir) de Santa Marta da Ortigueira, en Galice, désormais ils sont au service du futur roi du Portugal et on les trouve souvent cités lors de rencontres et batailles galaico ou castillano-portugaises. Ma liaison avec cette famille se fait quand une dame de la famille PITTA, Dona Felipa BRANDAO COELHO vient de CAMINHA en 1623, pour épouser, à MESSEGAES, Monção, un Cristovão de SA de PASSOS Ils ont vécu et sont décédés dans leur manoir, Quinta de Sto ANTAO, à MESSEGAES, Monçao.

Gonçalo PITTA da ORTIGUEIRA marié à N.
João PITTA da ORTIGUEIRA marié à Ignez VAZ
Francisco PITTA marié à Justa PIRES FROES
Inês PITTA d’ EÇA mariée à Gaspar da ROCHA BRANDÃO
Felipa BRANDÃO COELHO mariée à Cristovão de SÁ de PASSOS
Cristovão de SA marié à Isabel BARBOSA
Angela BARBOSA e TRANCOSA mariée à Cosme FERNANDES VILARINHO
Angela de SA BARBOSA BACELAR mariée (1698) à Estevão PEREIRA da LOMBA, Juiz Dezembargador (Président de Cour d’Appel)
Caetano de SA PEREIRA BARBOSA, notaire, marié 1° Paula RODRIGUES de CALDAS,2°Luisa Teresa SA SOUSA
Josefa Rosa PEREIRA BARBOSA n. 26/02/1774, issue du second mariage de Caetano, mariée à Manuel José LOURENçO PEREIRA, capitaine d’Ordonnances n. 26/09/1749
Serafina Teresa LOURENCO PEREIRA n. 30/08/1801 mariée à Joaquim Antonio SENDIM de RIBAS-LIRA, né en Galice
José Luis SENDIM de RIBAS-LIRA (décédé 1915) marié à Maria Rosa ALVES
Cândida SENDIM de RIBAS-LIRA, n. 03/07/1876 mariée à José Manuel CARDAO RODRIGUES, chef des Finances à Melgaço et Monção
Amândia SENDIM de RIBAS-LIRA RODRIGUES, n. 06/08/1906 mariée à João Antonio PUGA PEREIRA, n. 07/10/1902, mes Parents

On voit que ma Felipa est l’arrière-petite-fille de Gonçalo PITA da Ortigueira et de Ignez VAZ.

Mais la bataillle de PAVIE ?

La bataille de PAVIE où le roi de FRANCE fut fait prisonnier, étant tombé de son cheval et se trouvant en très mauvaise posture, entouré de chevaliers espagnols : un basque, D. Juan de URBIETA ; un galicien,D. Alonso PITA da VEYGA et un grenadin D. Diego DAVILA, se passait un siècle avant.

Don Alonso appartenait aux « tercios » de Galice, commandés par les ANDRADE.

Se fiant à la présentation et prestance du chevallier tombé, D. Alonso en déduisit qu’il devait être quelqu’un de position importante. Tout en le ménageant, il lui prend un foulard et un crucifix. François Ier apprécie la manière parfaitement chevaleresque dont se déroule la capture. Il a la vie sauve. Il en fait état très peu de temps après dans un document qui se trouve à SIMANCAS, dans les Archives Royales. Une rente à vie pour D. Alonso est notée, ainsi que son maintien pour ses héritiers. Le premier document est de la main du roi de France, François Ier, le second, daté de 1529, est de la main de l’Empereur Charles Quint. L’Histoire nous dit que François Ier est resté prisonnier en Espagne pendant un an et qu’après négociations ce sont ses deux fils qui le remplacèrent pour qu’il revienne en France.

Si j’avais une grand-mère PITA da VEYGA, au lieu de PITA da ORTIGUEIRA, peut-être toucherais-je encore une rente royale …

Irène Angelina, princesse de Byzance, belle-fille de Frédéric Barberousse

Née vers 1181 à CONSTANTINOPLE, fille de Isaakius II, empereur de BYZANCE et peut-être d’une princesse appartenant à la famille PALAIOLOGINA, elle rentre dans l’Histoire en épousant en premières noces Roger III, roi de Sicile, et, une fois devenue veuve, en épousant Philippe, un fils second du Duc de Souabe. Ce Duc de SOUABE, devenu Empereur du Saint Empire Romain-Germanique n’est autre que Frédéric Barberousse. Dans une période tourmentée politiquement, période où le Pape, les Papes successifs, cherchaient à agrandir leur pouvoir temporel, se voyant en quelque sorte comme les « rois de l’Europe ». Frédéric de Hohenstaufen, par sa personnalité et par ses origines familiales, ayant pour père un Duc de Souabe, Gibelin, et pour mère Judith de Bavière, une Welf, apparaît à l’époque comme « la pierre angulaire », en opposition aux visées temporelles de ROME.

L’épouse de Frédéric était Béatrice de BOURGOGNE. Elle fut la mère de Philippe von Hohenstaufen, second époux d’Irene Angelina.

La Souabe, dénommée ainsi d’après ses premiers (?) habitants, les SUEVES, est la région qui voisine avec la Bavière, dans le sud de l’Allemagne. Ces peuples, les Sueves, comme les Alanes, les Vandales ou les Wisigoths furent de ceux qui sillonnèrent l’Europe pendant le Haut Moyen Age. Tous furent christianisés et se fondirent entre eux dans le creuset du Temps.

Irene Angelina est née, donc, aux alentours de 1181 à Constantinople et est décédée dans son château d’ HOHENSTAUFEN le 27 août 1208, peut-être en couches.

Philippe, son époux, alors roi d’Allemagne, venait d’être assassiné par un rival, Otton de Wittelsbach, dans le château de Bamberg. Dans tous les écrits de l’époque, même les écrits de ses adversaires, Philipe est qualifié de prince sage, très éclairé, attentif aux autres, bon mari, bon père et bon gouvernant. Le crime dont il fut la victime frappa profondément ses contemporains.

J’ai retrouvé ces Grands-Parents par leur fille Elisabeth qui épousa le roi de CASTILLE et LEON, Fernando III, le Saint.

La famille paternelle d’Elisabeth von SCHWABEN, les HOHENSTAUFEN, est celle qui prit une part prépondérante lors de la célèbre et terrible guerre civile, entre Welfs (Guelfs) et Gibelins, qui déchira l’Italie du Nord et du Centre, ainsi que le sud de l’Allemagne pendant des décennies. La cause en fut, comme toujours, la volonté de domination constante des grandes familles d’Allemagne, des Ducs de SOUABE, les Hohenstaufen entre autres, pour obtenir la mainmise sur l’Italie.

Mais en Italie, au delà des grandes familles de Toscane, Florence et Pise, qu’il fallait réduire, il y avait à Rome un obstacle presque infranchissable, le Pape.

Celui-ci, au delà du pouvoir matériel, détenait un pouvoir spirituel, par la doctrine, transmise par les ecclésiastiques de toute l’Europe, doctrine qui infiltrait toutes les familles, toutes les villes, tous les pays.

Une discorde régionale germanique, entre les Ducs de Bavière et les Ducs de Souabe, s’exporta vers l’Italie, rasant des contrées entières, et mettant à feu et à sang les merveilleuses villes que nous connaissons.. Des grandes tours seigneuriales, dont on peut avoir une petite idée en visitant S. Geminiano, furent détruites par centaines.

Les HOHENSTAUFEN étaient porteurs d’une tradition de fidélité à l’Empire Germanique.

Les Ducs de BAVIERE étaient plus portés à suivre l’ autorité papale.

Elisabeth, fille de Irene Angelina et de Philippe von HOHENSTAUFEN, loin de sa Souabe natale, partageait la vie du roi de CASTILLA et LEON, Fernando III, le Saint.

Le couple a eu dix enfants.

Elisabeth, née à Nuremberg en 1202, est décédée à TORO en Castille le 5/11/1235. Décédée à 33 ans, en ayant donné naissance à dix enfants ! La vie des femmes à cette époque-là était tout sauf un long fleuve tranquille, même pour celles qui  avaient des parcours protégés .

C’est en étudiant mes ancêtres PUGA, originaires de Galice, que j’ai trouvé ces 21 èmes grands-parents.

Voici comment :

  • Fredéric Barberousse de HOHENSTAUFEN , Duc de SOUABE, puis Empereur du Saint-Empire et Béatrice de BOURGOGNE

  • Philippe von HOHENSTAUFEN, Duc de SOUABE, puis roi d’Allemagne et Irene Angelina

  • Elisabeth von SCHWABEN et Fernando III, rey de CASTILLA y LEON

  • Manuel, Infante de CASTILLA, señor d’ESCALONA y PENAFIEL né à CARRION de los CONDES en 1234, décédé à PENAFIEL en 1283 et Nuña

  • Sancho MANUEL, seigneur de l’INFANTADO y CARRION et Inês DIAZ de TOLEDO, fille de l’Amiral de CASTILLA

  • Inês DIAZ MANUEL et Vasco MARTINS de SOUSA CHICHORRO, 1er seigneur de MORTAGUA, au Portugal

  • Isabel VASQUES de SOUSA et Diogo GOMES da SILVA, premier seigneur de CHAMUSCA

  • João GOMES da SILVA , « claveiro » dans l’Ordre du Christ, et N.

  • Beatriz da SILVA, nonne, et Francisco SOARES de BRITO, abbé de Valença

  • Inês de BRITO et Diogo SOARES TANGIL, seigneur du « Couto de Liñares » en Galice

  • Isabel SOARES et Francisco PALHARES COELHO, seigneur de Trute à Monção, Portugal

  • Maria SOARES et Rui LOPES de PUGA

  • Inês PUGA SUAREZ y BRITO, vers 1525, et Antonio LOPEZ de PUGA y JUNQUEIRAS, seigneurs du Pazo de Monterreal à Tortoreos, Galice,

  • Diogo SUAREZ de PUGA et N.

  • Antonio LOPEZ de PUGA et N.

  • Diego SUAREZ de PUGA et Josepha BENAVIDES

  • Antonio SUAREZ de PUGA , chirurgien, et Angela de ARAUJO PUGA y SAAVEDRA, casa-Torre de « a Moreira » à Cequeliños, ARBO, Galice. Mariage en 1696

  • Diego de PUGA y SAAVEDRA, « licenciado » et Angela FERNANDEZ

  • Angela Maria de PUGA y SAAVEDRA, née en 1726 et Domingo Antonio LORENZO,

  • Manuel Nicolas LORENZO de PUGA et Rosa Quitéria ALVES FERNANDES

  • Manuel José de JESUS PUGA , propriétaire, et Maria da Natividade RODRIGUES

  • Manuel JESUS de PUGA n. 1849, receveur, et Ana Joaquina BALEIXO

  • Laura da Conceição PUGA, née le 12/11/1879 et Joaquim José PEREIRA JUNIOR, pharmacien

  • João Antonio PUGA PEREIRA et Amândia SENDIM de RIBAS -LIRA RODRIGUES, mes Parents

RETOUR à REIRIZ

Comme pour Proust, adulte, dégustant de mémoire la madeleine trempée dans la tisane, qu’enfant, tante Léonie partageait avec lui ; comme pour le potentat Kane, revoyant, au moment de mourir son « ROSEBUD », son petit traîneau d’enfant, des bribes sensorielles de notre univers enfantin ne nous quittent pas.

Pour moi tout  revient à  REIRIZ.

Les sons, les odeurs, les goûts, les rires en cascade, le salon du premier étage, avec le grand piano et l’énorme portrait, peint en pied, de D. José Manoel de LEMOS. Ce salon m’intimidait, mais comme je n’y suis jamais allée toute seule, pas de souci.

La grande bâtisse en L, était si différente de notre maison !

C’était la Quinta de mon arrière-grand-père, où Laura, ma grand-mère paternelle, avait grandi, en compagnie de ses frères et sœur, enfants de la seconde union de son père.

En arrivant, on se signalait de la route à coups de klaxon, pour que quelqu’un de l’intérieur vienne ouvrir les deux battants du portail en ferraille. Avant de déposer les voyageurs sur le grand terre-plein recouvert de gravier, gravier dont mes genoux gardaient le souvenir la semaine durant, on avait roulé pendant quelques dizaines de mètres sur le chemin en gros galets, recouvert d’une haute treille, portant des raisins de Noah. Le portail, le pauvre, de couleur indéfinie, verdâtre ou bleuâtre avec des parties toutes rouillées avait besoin de réforme, bien sûr, mais on sortait de la crise de 1929, et à REIRIZ, personne ne travaillait.

Tio Luis TORRES, devenu le maître de maison après le décès de son beau père, mon arrière-grand-père, je ne l’ai jamais vu que chaussé de bottes en caoutchouc à parcourir la Quinta ou sur une chaise-longue en train de lire. Ce qui n’empêchait pas la famille de vivre sur un grand pied, une des toute premières voitures de Monção, décapotable qui plus est, trois filles à marier et un garçon faisant des études à Viana.

 

Citroen Rosalie CVue sur internet, cette ROSALIE de Citroen, commercialisée en 1933, me rappelle « furieusement » celle de Reiriz.

Malgré cette inactivité je crois n’y  avoir jamais senti le moindre souci quant à la dépense. Pas comme chez ma Maman, qui, elle, gérait le budget au plus juste.

Chez Tia Ernestina et Tio Luis TORRES, même une petite fille de 6, 7 ou 8 ans, sentait l’abondance. De temps en temps la vente d’un champ ou une coupe de pins dans une parcelle devait renflouer les caisses.

Dans la cuisine, au sol recouvert de grandes plaques de granit brut, telle une chaussée romaine, la cuisinière s’agitait comme un beau diable, plumant des volailles, préparant les légumes au dessus du grand bac, en granit lui aussi, courant au four d’où s’échappaient des effluves délicieux. En Eté, sur la terrasse qui desservait la cuisine et la salle à manger, ces préparatifs culinaires donnaient lieu à une vraie mise en scène. Assise, sur un banc, jambes écartées, ses grandes jupes de paysanne la recouvrant jusqu’aux chevilles, la cuisinière se démenait pour plumer trois ou quatre poules ou poulets, ou quelques fois un dindon. Autour d’elle de grandes bassines d’eau, chaude et froide, des pages de journaux roulés en tire-bouchon pour brûler les petites plumes. Les victimes de ces sacrifices, comme tout le reste de la volaille, y compris les canards, étaient dans l’enclos qui leur était réservé, sous d’énormes figuiers et un vieux poirier tordu de rhumatismes. La dinde ou le dindon nourri aux figues c’est un régal !

Les poules finissaient « em cabidela », (sauce incorporant le sang de la poule, servie sur des croûtons) ou en « cosido à portuguesa », (le plat le plus cher de la cuisine portugaise, dit-on,puisque dans cette potée il faut nécessairement une volaille, un filet de porc et un filet de bœuf, ainsi qu’un gros morceau de jambon et des saucissons de toute sorte). Les poulets  finissaient « en fricassé » ou souvent, puisqu’on cherchait à faire plaisir aux enfants, « em empadão ».

Les adultes, surtout les messieurs, les préféraient « em arroz a fugir ». Que ce soit avec le poulet ou avec la lamproie, cette cuisson du riz, proche du rizzotto, divisait les convives. Les adultes se régalaient d’avance devant ces grands plats, d’où le riz, très liquide, paraissait s’échapper.

D’où le nom « a fugir » (en train de fuir). Nous, les petits, réclamions plutôt quelques suppléments de « rissois » (rissoles) aux crevettes ou des parts plus grandes « d’empadão de frango » (timbale de poulet). Et surtout un riz bien sec.

Le « cabrito à moda de Monção », chevreau rôti, grand classique de ma ville natale, était présent régulièrement à partir du printemps.

Je sais que dans cette cuisine, le vendredi, on préparait des truites ou des saumons pêchés par le maître de maison, grand pêcheur sportif. Mais le vendredi, nous n’étions pas là, nous étions chez nous, en ville, mon frère et moi, pour aller à l’école. Et puis le poisson, même le meilleur et le mieux cuisiné, ce n’était pas notre « truc »…

REIRIZ, ce n’était que le dimanche ou les jours de fête.

Pour les grandes occasions, à Noël par exemple, le dindon ou la dinde étaient saoulés au vin de Porto avant la mise à mort. Pour les enfants, un spectacle exceptionnel!  Voir la pauvre bête tituber et finir par tomber …

Et dire que nous allions à REIRIZ exprès pour assister à cette horreur, mais « oh tempora, oh mores » ! On nous a toujours interdit d’assister à la « tuaille » des cochons ou de la volaille, mais on nous amenait exprès pour assister à la saoûlerie du dindon.

Une leçon de choses ? « Voilà ce que donne l’abus d’alcool ? »

Sur ce banc, à l’air libre, Clara se laissait aller à nous raconter son enfance de petite bergère dans la montagne. Surtout un épisode de loup qui était parti avec un agneau. Son chagrin pour le petit agneau et la peur de se faire punir par ses parents. Peur des parents et pas du loup !

L’énorme cuisine, très sombre, ne brillait que par ses cuivres, astiqués régulièrement. J’y ai appris qu’on pouvait s’empoisonner avec le « verdete », le vert de gris, l’oxydation toxique du cuivre.

Une énorme ouverture arrondie offrait le passage de la cuisine vers la partie la plus mystérieuse et la plus angoissante de toute la maison. Recevant la lumière du jour par un soupirail en hauteur et une anémique ampoule électrique de peu de watts, c’était un grand cellier où des sacs de victuailles de toute nature, grains, riz, farines, huiles, des oignons et des colliers d’aulx, d’énormes morues séchées et empilées, des pieuvres et des jambons suspendus, des « enchidos », c’est à dire des saucissons de toute sorte, de filet, de sang, de langue, occupaient une sorte de loggia, dont le centre, constitué par un très large escalier, descendait à la cave en terre battue. Là, je n’y suis jamais allée. Trop peur ! Ceux qui y accédaient, surtout les messieurs, emportaient avec eux des lampes à acétylène. Ils remontaient avec des bouteilles, qui pour les grandes occasions, arrachaient des exclamations de bonheur aux adultes.  En relisant ce détail, la descente à la cave, me revient en mémoire une des rares scènes de ménage à laquelle j’ai assisté. C’était chez mes parents et non pas à Reiriz. J’ai vu ma Maman au bord des larmes, car pour la cuisson de je ne sais quel plat, peut-être une gibelotte, elle avait donné à la cuisinière une bouteille de vin blanc… et que ce vin blanc était un des trésors, destiné aux très grandes occasions. Mon Père a perdu son sang-froid  pendant quelques minutes, mais heureusement le pardon est vite arrivé avec les bisous   habituels.

Nous, les enfants, à Reiriz, ne nous intéressions qu’à la petite salle, espèce d’office, qui prolongeait la salle à manger. Située entre la salle à manger et la « saleta », petit salon pour tous les jours. elle était garnie du sol au plafond de grandes armoires vitrées, qui  laissaient voir des conserves de toute sorte, des fruits secs, de grandes boîtes métalliques pleines de biscuits et, surtout, les confitures et autres délices sucrés. Ces délices sucrés, spécialité de Tia Ernestina, étaient en fait diverses sortes de « chutney », cette préparation salée-sucrée, où des fruits, des épices, des oignons et du vinaigre se marient si bien ! Je ne sais  pas comment  nous les appelions, mais sûrement pas chutney. Comme, selon internet, il s’agirait d’une préparation d’origine indienne, devenue mondiale par les anglais, le passé colonial du Portugal et de l’Angleterre, y est pour quelque chose !

Curieusement, c’est dans le bas de ces armoires qu’on trouvait les barriques d’olives en train de se faire,  en train de « curtir », les grandes jarres en terre cuite avec les « escabeche », les morceaux de lamproie ou des sardines saisis dans le vinaigre. Les enfants n’aimaient pas beaucoup l’escabeche. Trop fort !

Sitôt fini le déjeuner, commençait la longue et délicieuse après-midi de Reiriz…

Là, dispensés de sieste, obligatoire à la maison, toute la compagnie partait vers la tonnelle (caramanchão). Elle surplombait la route et sa glycine, probablement centenaire, entrelacée de vigne, nous protégeait du soleil. En semaine, les dames  y lisaient ou brodaient, profitant de loin en loin, comme distraction, d’un passage de cabriolet à cheval ou plus rarement d’une voiture automobile sur la route. Quand la lecture d’une oeuvre  avait passionné la lectrice, il n’était pas rare qu’elle la reprenne à voix haute pour les autres.

C’est ainsi que j’ai assisté, muette et terrorisée, à la lecture de la scène décrivant la visite nocturne, faite par  la première Madame Rochester, devenue folle, à la pauvre Jane EYRE, endormie.

J’en ai fait des cauchemars, la visite de la folle, l’incendie qu’elle provoqua… ces morceaux  entendus par une petite fille de 4 ou 5 ans, c’était « hard ».

  Mais que d’émotions pouvaient nous offrir un livre !

Ce n’est que plus de dix ans plus tard, quand j’ai découvert la « Jane EYRE » de Charlotte BRONTË, que j’ai identifié la source de ces cauchemars.

Le Dimanche était consacré aux visiteurs, « on faisait salon », dans le vrai salon ou sous la tonnelle. Les messieurs fumaient après le café, et les dames continuaient le bavardage, se laissant aller parfois à un tout petit verre de liqueur de mandarine (tangerina) faite maison, avec les fruits de la Quinta.

L’orangeraie, avec ses rangs d’orangers, de mandariniers, de citronniers, était  un paradis de parfums, lors de la floraison. Les puddings à l’orange ou au citron étaient présents  au dessert presque tous les dimanches.

Les enfants, comme tous les enfants, jouaient, courraient, se cachaient.

Généralement à ce moment là Tia Ernestina nous faisait visiter son jardin clos aux iris, protégé par un vieux petit portail. Elle en collectionnait, de toute beauté, et ne se fâchait que si un enfant non tenu par la main ou un chien mal surveillé, mettaient en danger ses trésors. Un détail de ce qu’on peut appeler le charme de Tia Ernestina me revient, en écrivant. Elle souriait et riait tout le temps, et ses deux incisives supérieures se chevauchaient assez franchement. Je crois que son charme venait aussi de là. C’était avant l’orthodontie !

  Dans la tonnelle, solidement installés, il y avait deux longs bancs et éparpillés en désordre peut-être une dizaine de sièges en rotin, avec des coussins recouverts de chintz fleuri. Ce mélange du rustique le plus « pur », avec du granit  « dur » partout, car le sol de la tonnelle était lui aussi en granit, et le confort moelleux des coussins, c’est la marque de REIRIZ.

L’ameublement était du « bric-à-brac ». J’avoue ne pas avoir gardé beaucoup de souvenirs, peut-être du salon, avec le grand piano, des tables de jeux, avec des abattants, que seuls les messieurs utilisaient, l’énorme portrait troué du « Tio-Bispo », qui fut ma porte d’entrée dans le grand secret de REIRIZ.

Pourquoi ce trou en bas  de la toile ?

Les chambres des grandes cousines, très romantiques, m’étaient un peu interdites. Je farfouillais dans leurs rubans, bijoux, petits peignes.

C’est pourtant la plus jeune des cousines, Herminia (Noca), qui m’ouvrit la porte de ce secret de famille.

Un jour, probablement d’Hiver, nous étions seules dans le grand salon.  Elle pianotait et  Je jouais avec leurs maisons de poupée. Ce trou en bas du tableau me turlupinait. Je la questionne là dessus, elle se met à rire, à rire, un vrai fou rire. Et commence à me raconter une histoire d’amants, de tirs de pistolet, que sais-je ?  L’héroîne de l’histoire était sa grand-mère Dalinda, la vieille « avo Dalinda » qui s’intéréssait si peu à moi.

Je n’y comprenais rien. Je n’avais que 6 ans. Mais j’avais  une chance, celle d’avoir une Maman qui répondait clairement à toutes mes questions.

Elle a su me faire entendre le secret de REIRIZ,  et replacer dans un contexte temporel et sociétal cette  banale histoire d’adultère.

Je revenais, en l’écoutant, à REIRIZ, dans les  années entre 1896 et 1900.

En Eté, après le goûter, la baignade s’imposait. Et quelle baignade !

En contrebas de la route, à moins de deux cents mètres à vol d’oiseau, après avoir traversé  deux champs de maïs entourés de tonnelles de vigne, on accédait directement au fleuve Minho.

Le fleuve Minho était encore à cette époque-là, un fleuve totalement sauvage.

Il dévalait des Monts Cantabriques, dans les Asturies, en Espagne, par des sauts impressionnants jusqu’à l’Océan Atlantique. Son cours ne devenait à peu près paisible, que, justement chez moi, à Monção.

Un voyage par le train, dans les années 50, m’a offert un des derniers spectacles de ce cours torrentiel. C’est vers cette époque que des barrages, avec des échelles à saumon, que des trous énormes pour draguer les cailloux, enfin, qu’une exploitation commerciale éhontée et sans réglementation aucune, firent de ce fleuve, merveille de la nature, un fauve domestiqué.

L’évocation de REIRIZ ne m’apporte que des souvenirs heureux, ensoleillés.

Etait-ce le rire cristallin de tia Ernestina e de ses trois filles ? D’où venait cette joie familiale? Ce bonheur qui flottait dans l’air ?

Pourtant, à quelques dizaines de mètres du lieu de baignade, en face, sur la marge espagnole du fleuve, l’horreur dominait. La guerre civile d’Espagne, entre 1936 et 1939/40, coïncide exactement avec mes années de visite hebdomadaire à REIRIZ.

Des odeurs pestilentielles nous parvenaient certains jours de vent du nord. Le feu consumait les monceaux de cadavres de fusillés républicains, qu’on appelait « les rouges ».

Je ne me souviens pas d’avoir entendu des discussions des adultes sur la guerre à côté. Pourquoi ?

Très pratiquants, messe dominicale obligatoire, ayant droit, au premier rang de l’Eglise à un prie-Dieu en acajou, avec coussin de velours rouge et ayant un jeune, le plus jeune frère de ma grand-mère, Tio Zé PUGA (José Cândido ROMA de LEMOS PUGA), officier à Viana do Castelo, engagé  volontaire chez les franquistes, dans le bataillon « os Viriatos », je devine de quel côté allaient  les sympathies de la famille. Il était un fasciste authentique, époux de Dona Maria de SA TINOCO FURTADO de MENDONCA, appartenant à la grande famille de Viana do Castelo, les descendants des TAVORA.

Mais, certains dimanches, mon père restait avec nous pour le déjeuner, et de son côté, malgré le danger couru sous le salazarisme, on savait où allait ses sympathies à lui. Aucune pratique religieuse, athéisme assumé, libre-pensée affichée, neutralité politique ayant frôlé quand même à deux ou trois reprises l’incident qui aurait pu nous valoir la visite nocturne de la police politique, la redoutable PIDE…

Combien de fois ai-je entendu ma Maman supplier mon Père de faire ceci ou de ne pas faire cela , en rapport avec la politique. « Pense à tes enfants, João » !

Si autour de la longue table ovale une discussion s’était engagée, je pense qu’elle aurait été « mortelle ».

D’où alors cette insouciance ? Cette joie ? Cette absence d’intranquillité ?

Me vient à l’esprit la phrase de Talleyrand, reprise par Bernardo Bertolucci pour son film « Prima della Rivoluzione » : « celui qui n’a pas vécu au XVIII siècle, avant la Révolution, ne connaît pas la douceur de vivre ».

Mais des rivoluzioni, sous des cieux aussi sereins que REIRIZ, il y en avait déjà eu…

Au début du siècle, aux alentours de 1900.

Dans les années  1930, on n’était pas « prima », on était « dopo »

Joaquim José PEREIRA JUNIOR

Joaquim José PEREIRA JUNIOR, étudiant à COIMBRA

Aux alentours de l’an 1896, un beau et riche étudiant en pharmacie à Coimbra, pendant les vacances, avait pris ses habitudes  à  REIRIZ, sous prétexte de donner des cours de natation dans le Minho, à toute la génération de ma grand-mère et de ses jeunes sœur et frères.

Il arrivait à cheval, et une fois pris le goûter des enfants et le thé des aînés, on filait au fleuve, à travers la vigne et le maïs. Apparemment, la jeune Laura, 16 ans, ma grand-mère, lui plaisait. Elle lisait nuit et jour, jouait très agréablement du piano, était très intelligente et curieuse. Pas très belle, mais si vivante, si intéressante. Sûrement très éprise, elle,  de ce jeune homme, qui, de la capitale intellectuelle du Portugal, qui était et est toujours Coimbra, lui ouvrait une fenêtre sur ce monde si changeant, au passage du XIXème vers le XXème siècle.

Il venait de faire le voyage culturel initiatique de presque toute la jeunesse dorée européenne de l’époque, avec séjour à Paris. Un appareil photo du dernier cri, acheté à Paris, lui accorda pendant des années le statut  de photographe amateur par excellence dans la Ville. Aucun mariage,  fête,  « défunts  sur  leurs  lits de  mort », ne se fit  à Monção sans qu’on invite Monsieur PEREIRA, pharmacien.

Je revois encore, dans une espèce de réserve, quand je gambadais chez ma grand-mère, toutes ces grandes caisses en bois, pleines de plaques en verre. C’étaient les collections de photos, couvrant la vie de notre ville pendant des décennies. Dans les années 40, un de mes oncles et sa femme, se sont installés  dans la vieille maison. Et là, catastrophe ! Leur employée de maison, selon  ordre de sa patronne a  jeté à la décharge de la ville toutes les caisses. Quand quelqu’un  a rapporté les faits à ma Maman, la température a chauffé entre les deux belles soeurs. Malheureusement rien n’a pu être récupéré, toutes les plaques étaient cassées.

Sa bibliothèque personnelle, riche de quelques milliers de livres se garnissait entre autres par des abonnements souscrits à PARIS, chez Flammarion et si ma mémoire est bonne, Calmann-Lévy.

Mais à REIRIZ, ce que Laura ignorait c’est que le cheval revenait tard dans la nuit. Le jeune pharmacien, armé d’un revolver, étant données les rencontres dangereuses de ce temps-là, était attendu dans le grand salon par la marâtre de Laura, D. Dalinda do LORETO GOMES ROMA de LEMOS, mère de quatre enfants, et âgée de 17 ans de moins que son mari, mon arrière-grand-père PUGA.

Photo de 1896, prise par mon grand-père

Photo de 1896, prise par mon grand-père. Laura et Ernestina  se trouvent aux deux extrémités de la photo

Ce manège, plutôt vaudevillesque, n’était pas passé inaperçu dans la ville, et faisait jaser. Jusqu’au jour où un ouvrier agricole de la Quinta le rapporta à son patron.

Il est probable que la tisane après diner de mon arrière grand-père ait reçu un sucre spécial…

Celui-ci fait irruption un soir et surprend le couple sur le canapé en velours, juste sous le grand portrait de l’ Archevêque-Evêque Comte ( l’Arcebispo-Bispo-Conde) de Coimbra, dans les années  1860, D. José Manoel de LEMOS, qui était l’oncle  de la « femme adultère ».

Le jeune pharmacien,  homme de principes, tente de sortir d’une telle situation par le sublime, il tend le revolver au mari en le priant de s’en servir pour venger l’outrage.

Mon arrière-grand-père s’en sort dignement, et, s’il m’est permis de formuler un avis, raisonnablement.

Il prend le revolver qui part rageusement sur le parquet, une balle fuse et le portrait  de l’ Archevêque-Evêque-Comte, se trouve troué.

Il ne faut pas oublier que je suis la bénéficiaire de ce geste de bon sens, puisqu’il était accompagné de l’injonction d’épouser dare-dare la jeune et innocente Laura, compromise par une cour aussi longue qu’assidue.

Le mariage eut lieu tout de suite, le temps de publier les bans et de faire imprimer les faire-part.

Dix mois après, le 07-10-1902, mon Papa arrivait et 28 ans plus tard ce fut mon tour.

Je n’ai jamais su si ma Grand-mère, avec qui je bavardais pourtant pendant des heures, connaissait toute l’histoire.

Quelques mois, trois ou quatre, avant la naissance de mon père, est née à Reiriz Lydia PUGA pour l’état-civil, Lydia PEREIRA pour toute la ville. Mariée très jeune, elle a vécu jusqu’à plus de 90 ans au Brésil.

Le baptême de mon père, qui eut lieu le 15-10-1902, est la preuve parfaite de cet esprit de tolérance, je dirais même de ce « savoir-vivre » à Reiriz. Ceux qui le portèrent vers les fonds baptismaux furent son grand-père paternel, propriétaire, et Ernestina, encore célibataire, tante maternelle.

J’ai aussi la preuve indirecte de cette cohabitation pacifique entre les deux familles, qui m’a été racontée par mon père dans les années 1990. Il est décédé en 1999.

Lors de la commémoration du centenaire de la modernisation de l’Hôpital de la Miséricorde de Monção, mon Papa, ancien Maire, invité, et déjà sourd comme un pot, vit à un moment donné tous les présents se retourner et le regarder avec de grands sourires et applaudissements. Demandant à sa voisine de chaise le motif d’une telle agitation, elle lui apprend que sur la liste qui venait d’être lue, ses deux grands-parents, Manoel PUGA et João Antònio PEREIRA, figuraient parmi les plus généreux donateurs.

Il est vrai que le « drame » entre les deux familles a été postérieur à cette récolte de fonds, qu’on évoquait un siècle plus tard.

Le plus dur  fut  sans doute  pour « avò Dalinda ». Le grand amour de sa vie fut brisé là. Elle harcela mon grand-père, par des lettres passionnées, dont une envoyée jusqu’à la pharmacie, qu’il avait fondée  vers 1901/1902 en l’île de Principe (S. Tomé et Principe).

Car, sitôt marié, peut-être même avant de savoir que les deux femmes, Laura, la légitime et Dalinda, l’amante, se trouvaient enceintes, il s’était embarqué vers des îles au climat équatorial insupportable. Dans la plus petite de l’archipel, l’île de Principe, il fonda une pharmacie.

Pénitence inconsciente, chez cet homme imbu de morale laïque et libre-penseur ?

Le climat le rejeta. Sa santé l’obligea à retourner en métropole. A nouveau  il crée une pharmacie à Crestuma, tout près de Porto, mais loin de Monção . Laura et mon père bébé l’y rejoignent et c’est là que naîtront mes trois oncles suivants.

Le retour à Monção n’aura lieu que plus de dix ans plus tard. L’auto-punition prenait-elle fin ?

Après le décès de ma grand-mère, ses deux brus, ma Maman et Tia Maria Luisa, ont trouvé dans le fatras d’une grande maison, qui avait vu passer tant de monde, des quantités de lettres. Ma Maman m’avait gardée une. Malheureusement j’en ai perdu la trace. C’était celle adressée par Dalinda à Joaquim à l’île de Principe. Elle était très émouvante, car elle lui parlait, avec la tendresse qu’on imagine, de leur bébé, Tia Lydia, qu’elle sentait bouger dans son ventre.

Longtemps après, quand le calme paraissait revenu dans les passions, on voyait régulièrement D. Dalinda  passer à la pharmacie.  Mon grand-père, selon ce qui m’a été dit, prenait n’importe quel prétexte pour s ‘absenter et la laisser avec les préparateurs.

D’elle je garde le souvenir d’une  vieille dame, assez élancée, avec une chevelure argentée éblouissante, qui ne m’accordait qu’une attention distante et que j’appelais « avò », tout en sachant que je n’étais pas son arrière-petite-fille.

On me racontait que lors des bals à l’Assemblée, club chic de la ville, où elle  a accompagné  pendant des années ses petites filles, elle  était connue pour sa gourmandise. Très, trop assidue autour du buffet, sa petite aumônière de bal s’ouvrait souvent pour récupérer des petits fours qui lui faisaient envie. Toujours la déviance, l’interdit outrepassé comme en début de siècle ?

Son manque d’intérêt pour ma petite personne était largement compensé par la tendresse et l’attention de tous les autres  habitants de REIRIZ.

Les études à Lisbonne, puis à Porto, puis la vie m’ont éloignée de cet Eden.

Qui malheureusement disparut à tout jamais. Une vente dans les années 1950, suivie d’un lotissement récent, avec des immeubles, démolirent   la tonnelle et le jardin d’iris de Tia Ernestina.

What do you want to do ?

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Un SAAVEDRA peut-il en cacher un autre ?

Un SAAVEDRA peut-il en cacher un autre ?

Heureusement, la grand-mère Angela, décédée le 17 mars 1735, dans son manoir fortifié  (Casa-torre) de MOREIRA, à Cequeliños, ARBO, Pontevedra,  était partie  de ce monde environ soixante-dix ans avant le passage des Français.  En 1809, lors de leur séjour chez elle, sans y avoir été invités, son histoire familiale, son identité même, disparurent en fumée.

Quelque part, peut-être chez des notaires, on a trouvé son mariage  avec D. Antonio SUAREZ de PUGA, mais l’identité de ses propres parents, prête à suspicion. Le père et la mère qu’on lui attribue, à partir d’un dossier constitué  par un de ses arrières-petits-enfants,  presque un siècle plus tard, sont comme inconsistants, sans racines. D. Pedro de PUGA y SAAVEDRA, le père  indiqué et sa supposée épouse D. Pàscua de ARAUJO, ne se rattachent à aucun acte, ne sont cités dans aucun document notarial ou d’état-civil.

Une autre hypothèse existe. Sur un testament qui se trouve aux Archives Historiques de PONTEVEDRA, un prêtre, « cura » de QUINTELA de Cequeliños, D. Diego SABEDRA (SAAVEDRA) de ARAUJO, donne de façon claire et nette, l’identité des parents  de D. Angela de ARAUJO PUGA y SAAVEDRA, mariée à son cousin D. Antonio SUAREZ de PUGA,  seigneurs du Pazo de MOREIRA, à Cequeliños, ARBO, PONTEVEDRA.

Il a  rédigé en 1706 ce testament  et est décédé à Moreira le 20/01/1717. Dans le testament il avoue avoir eu une enfant avant d’être prêtre, avec une femme célibataire, Francisca TEIXEIRA, née à San Xoan de ALBEOS  et décédée  déjà au moment de la rédaction.

Cet enfant fut Angela de ARAUJO PUGA y SAAVEDRA. Il dit l’avoir élevée, éduquée, et lui lègue, tout son patrimoine,ainsi qu’à son neveu, mari d’Angela,  Antonio SUAREZ de PUGA, et à leurs deux enfants, Maria Rosa et Diego (mon 6ème grand-père).

Le fait que Francisca TEIXEIRA soit probablement d’extraction sociale modeste, aurait-il pesé pour qu’on occulte son nom au moment, vers 1818, où un descendant de Maria Rosa de PUGA y SAAVEDRA, D. Pedro VASQUEZ de PUGA  y ARAUJO SARMIENTO PEREZ Y PUGA, cavalier émérite, puisque « maestrante de RONDA », a constitué un dossier de candidature à la prestigieuse décoration de l’Ordre de Carlos III ?

 Lors de cette candidature, un dossier très complet (composé de 105  documents, qui  est consultable sur le site PARES du Ministère de la Culture  espagnol), fut rassemblé , contenant des « Pruebas de Hidalguia »  « Pruebas de limpieza de sangre », etc. de la Real Chancelleria de Valladolid. La présence de cette mère célibataire, Francisca TEIXEIRA, faisait peut-être  tâche… Le fait que les français aient détruit les archives familiales, a peut-être, permis, avec vraisemblance, la substitution  du nom d’une  Francisca TEIXEIRA  par celui d’une D. Pàscua de ARAUJO.

Et un SAAVEDRA réel par un SAAVEDRA imaginaire.

Malheureusement, par ailleurs,  ce testament ne donne pas l’identité des parents du testateur.  Selon l’usage en Galice et plus largemente en Espagne, le père devait être un  SABEDRA (SAAVEDRA) et  la mère  une ARAUJO. Ce probable père SABEDRA devait être originaire de la ville de REDONDELA, puisque son fils demande que « cent messes soient dites, après son décès, dans le couvent de son père,  à REDONDELA ». Il m’a été impossible de localiser à REDONDELA, encore debout en 1706, ce couvent. Il y eu des couvents détruits par les Français et par le Temps. Si je dis encore debout c’est que le rédacteur de ce  testament rédigé en 1706, ne pouvait pas ignorer la bataille de RANDE, qui eut lieu le 23-10-1702,  et qui vit REDONDELA mise à saque, cette fois-ci non pas par les Français, mais par les Anglo-Hollandais. Le couvent de son père y aurait donc échappé.  D. Diego était à cette date « cura » de Quintela de Cequeliños, ARBO. Et là, nous sommes à l’intérieur du district de PONTEVEDRA, éloignés de la côte.

La famille SAAVEDRA de REDONDELA est liée aux ALDAO. Si son père était « patron » d’un couvent, dans le XVII siècle, un membre de cette famille, peut-être le propre père du D. Diego, curé testateur, aurait contracté un mariage avec une dame ARAUJO. Les ARAUJO de Pedradauga sont très présents  à l’ intérieur de la province de PONTEVEDRA. Reste  aussi la question de la parenté oncle-neveu entre D. Diego SABEDRA ARAUJO et D. Antonio SUAREZ de PUGA, le mari de sa fille Anxela. Il dit que D. Antonio, mari de sa fille, donc son gendre, est aussi son neveu. Les parents de D. Antonio sont documentés, D. Diego SUAREZ de PUGA et D. Josepha BENAVIDES.

Les mystères da MOREIRA ne font que reculer, mais persistent.

Le travail de recherche sur ce 8ème grand-père, D. Diego SABEDRA de ARAUJO, « cura » de Quintela de Cequeliños, ARBO, se poursuit. Bénéficiant d’aides gracieuses de personnes fréquentant le même forum que moi, ou de recherches professionnelles à PONTEVEDRA et TUI, j’avance péniblement, plutôt, je recule avec difficulté. Aux Archives Historiques de PONTEVEDRA, l’existence de ce testament, établi  par ce grand-père devant notaire en mars 1706, vient d’être confirmée et ledit testament « réinterprété ».

Là où les uns lisaient « le couvent de mon père », « de San. Francisco  en REDONDELA », Bréogan AMOEDO, généalogiste, lit, dans un sens plutôt mystique, « le couvent de mon père San.  Francisco, en REDONDELA ».

Et là, de nouvelles voies apparaissent, car dans  l’ile de S. Simon,  dans la Ria de VIGO en face de REDONDELA, il existe bien un couvent de franciscains. Il y demande 100 messes. Je continue la recherche, et j’ai toujours l’espoir qu’un jour, peut-être quelqu’un de la région, saura m’apporter l’identité des parents de D. Diego SABEDRA de ARAUJO, décédé le 20/01/1717 dans la casa-torre  » a « MOREIRA », à Cequeliños, ARBO, PONTEVEDRA, GALICE, ESPAGNE.