Quinta de Santo Antão évanouie

Il a existé, mais n’existe plus. C’était un manoir, dont on a des preuves multiples, écrites, et un beau blason.

Il se trouvait à Messegães, une paroisse de Monção, ma ville natale, au nord du Portugal.

Les preuves les plus anciennes s’y rapportant, le citent comme faisant partie du Couto du Mosteiro de PADERNE, paroisse de Melgaço. Les commendataires de ce couto possédaient donc cette « quinta » (manoir).

Par les héritages et les mariages au long des siècles, il changea de mains et appartint à des Espagnols. Les PUGA, ma famille de Galice, qui figurent sur le blason y sont probablement parce que Emerenciana SUAREZ de PUGA, sitôt mariée, a quitté son manoir familial gallego, le pazo de Monterreal, à Tortoreos, pour rejoindre sa propriété au Portugal. Ceci se passa vers 1700 et quelques. L’éloignement ne faisait pas peur. En Galice elle vivait dans le Pazo de Monterreal à Santiago de Tortoreos avec ses parents, et quelques centaines de mètres plus bas, en prenant un bateau, elle était chez elle, mais à Messegaes, au Portugal., dans la quinta de Santo Antão. Son époux fut Bartolomeu de CASTRO OZORES.

Voici le blason de Santo Antão, à Messegães. Les familles qui y figurent sont : CASTRO, SA, SOTOMAIOR et PUGA.

La vie devait se passer agréablement d’un côté et l’autre du fleuve. Pas de douane, pas de passeport, on prend le bateau amarré qui attend les voyageurs (!). Et dix minutes plus tard, on arrive dans le Pazo des parents à Tortoreos. Le père d’Emerenciana est capitaine. Une autre de ses filles est dame de compagnie de la reine à Madrid, c’est Dona Ana Maria, partie vers la Cour avec la Comtesse de Ollacau, plus tard Marqueza de Llanera.

La vie devait ressembler beaucoup à celle que j’ai connu chez mon arrière-grand-père paternel, dans sa quinta de Reiriz, à deux klms de Monçao.

Du côté de Galice ou du côté portugais, on vivait selon les mêmes règles.

Je me rappelle, tout d »un coup, une des histoires que ma grand-mère m’a raccontée.

A Reiriz, on avait reçu, pour prendre le thé, deux jeunes filles, enfants d’un nouveau juge, qui venait d’être nommé à Monçao. On était en été et la bienséance voulait que ma grand-mère Laure et sa jeune sœur Ernestina accompagnassent le retour des visiteuses juqu’à l’entrée de la ville.

Mais à hauteur du cimetière, pratiquement à mi-chemin, voilà qu’apparait Gina, une jeune folle qui divagait et mendiait.

La vue de ces quatre jeunes filles, bien habillées et portant des chapeaux pour se protéger du sollleil, a dû l’exciter. Elle se place derrière elles et à l’aide d’une petite branche, les fouettant , les oblige à obéir, « droite, gauche, mes petits cabris droite, gauche». Le défilé triomphal dure le temps d’arriver presque à l’entrée de la ville, là où un Monsieur intervient pour faire partir Gina.

Ma grand-mère me raccontait ça, peut-être 60 ans plus tard et nous avions encore des frissons de peur.

Dans le forum de généalogie que je fréquente, nous sommes quelques dizaines qui descendons des familles présentes sur le blason. Bien identifiés, nous nous considérons « primos » (cousins) et toutes les classes sociales me paraissent représentées. Dont un grand mathématicien, des avocats, des universitaires, des paysans.