La vie dans les manoirs de GALICE

Faisant suite, dans mon blog, à l’article « Un SAAVEDRA peut-il en cacher un autre ? », voici une partie du travail que je continue sur cette famille de la côte ouest de Galice.

J’ai eu des contacts par mail avec le Professeur Pegerto SAAVEDRA, professeur d’Histoire à l’Université de St Jacques de Compostelle.

Cet éminent universitaire travaille régulièrement sur les familles « hidalgas » de Galice. Et certains de ses travaux, accessibles sur internet, nous font « vivre de l’intérieur », dans l’intimité même de leurs manoirs, le quotidien de nos ancêtres.

Par exemple, la lecture récente d’un de ses articles « LA VIDA EN LOS PAZOS GALLEGOS : ENTRE LITERATURA Y HISTORIA  », paru dans la revue Pedralbes en 2003.

C’est par ma 5ème grand-mère, Angela Maria de PUGA y SAAVEDRA, née en février 1726, que je rentre dans la lignée des SAAVEDRA. Par son père D. Diego de PUGA y SAAVEDRA, elle descendait des SUAREZ de PUGA liés aux XUNQUEIRAS ou JUNQUEIRAS.

  • Jeronimo LOPEZ de XUNQUEIRAS et Inês ANES de ARAUJO
  • Antonio LOPEZ de PUGA y XUNQUEIRAS et Inês de PUGA SOARES e BRITO
  • Diego SUAREZ de PUGA et N. SUAREZ de PUGA
  • Antonio LOPEZ de PUGA et N. LOPEZ de PUGA
  • Diego SUAREZ de PUGA et Josefa BENAVIDES
  • Antonio SUAREZ de PUGA et Angela de ARAUJO PUGA y SAAVEDRA
  • Diego de PUGA y SAAVEDRA et Angela FERNANDEZ
  • Angela Maria de PUGA y SAAVEDRA et Domingo Antonio LORENZO, mes 5èmes grands-parents galiciens.
  • Manuel Nicolas LORENZO de PUGA, fils du couple Angela Maria et Domingo Antonio est né le 6 décembre 1755 à Mourentan, ARBO, Galice. Il vécut à Melgaço, au Portugal et s’y maria. Il est mon 4ème grand-père.

Mais comme le nom SAAVEDRA ou SABEDRA apparaît pour la première fois par son grand-père maternel, D. Diego SABEDRA de ARAUJO, prêtre à Cequeliños, et vrai père de Dona Angela de ARAUJO PUGA y SAAVEDRA, c’est sur les RIAS BAJAS, REDONDELA, RIBADAVIA et presqu’île du MORRAZO, fiefs des SAAVEDRA, que je dois me concentrer.

Ce nom qui fut celui du géant littéraire Miguel de CERVANTES, a probablement été apporté de la côte des RIAS BAJAS, peut-être de REDONDELA, lors du mariage d’un SAAVEDRA avec une fiancée ARAUJO résidant plus à l’intérieur des terres.

A ARBO, qui appartient administrativement au District de PONTEVEDRA, le nom SABEDRA ou SAAVEDRA est peu présent.

Le père de Doña Angela de ARAUJO PUGA y SAAVEDRA, grand-mère paternelle de mon Angela Maria de PUGA y SAAVEDRA était D. Diego SABEDRA de ARAUJO.

La mère était Francisca TEIXEIRA, née à ALBEOS.

Par le testament daté du 24 Mars 1706, fait par D. Diego SABEDRA de ARAUJO, Licenciado, on peut deviner ses liens familiaux avec la ville de REDONDELA, dans la zone littorale du sud ouest galicien, celle des RIAS BAJAS.

Il demande 100 messes dans un couvent de cette région. Or, c’est là, à REDONDELA justement, qu’une branche des SAAVEDRA a pris racine depuis des siècles.

Et, bien sûr, en cherchant des SAAVEDRA du côté de REDONDELA, je trouve des JUNQUEIRAS et des ALDAO (ALDAN).

Les XUNQUEIRAS étaient devenus les seigneurs de Caramiñal par la grâce des Rois Catholiques, après qu’un Esteban de XUNQUEIRAS avait participé à la prise de GRANADA.

Mais la famille est documentée dès 1370, date à laquelle le Juge de PONTEMARCOS, Don Gonzalo LOPEZ DOZON, lors de son mariage avec Doña Elvira EANS de XUNQUEIRAS est doté par le roi.

Le Pazo-forteresse, situé près de La Coruña, à Pobra de Caramiñal, avait été bâti au XIIIème siècle par Fernan MARTIN de XUNQUEIRAS.

Les révoltes Irmandiñas des années 1467-69 virent la destruction de ce pazo-forteresse comme celle de dizaines et dizaines d’autres manoirs et châteaux. Seule resta debout la Tour du XIII siècle, encore visible de nos jours.

La reconstruction du Pazo fut donc entreprise par Esteban de Xunqueiras, après la prise de Granada. L’embellissement et confort furent l’œuvre de ses descendants.

D’où les styles, variés, Renaissance et Baroque , qui s’y entremêlent, suite aux apports successifs.

Pazo-Torre de XUNQUEIRAS

Vers le milieu du XVI siècle, le Pazo-Torre de XUNQUEIRAS changea de mains après le mariage de Teresa VASQUEZ de J(X)UNQUEIRAS, señora de la Casa y Torre de XUNQUEIRAS et de POBRA de CARAMINAL, avec Ares PARDO das MARINAS, seigneur, lui, du Pazo de BERGONDO, de PARGA et de CILLOBRE. Le tout fut intégré dans l’immense domaine patrimonial des Ducs de MEDINACELI.

Ces Grands d’Espagne, qui appartiennent à une branche royale, celle des « de La Cerda », possèdent également en Galice le splendide Pazo da OCA, en La Estrada. C’est le Pazo le plus visité de Galice.

Pazo da OCA

Sans oublier leur « Casa de PILATOS » à SEVILLA, demeure principale de la famille et siège de la Fondation Ducale qui détient les archives, dont celles de la famille de XUNQUEIRAS, intégrées dans celles de CAMARASA, ainsi que les bases de données où les chercheurs du monde entier, universitaires ou amateurs, puisent les généalogies de ceux, qui comme moi, sont enracinés en Galice.

Casa de Pilatos

La Galice et le Minho, au nord du Portugal, sont des territoires avec une Histoire et une Sociologie tellement riches que leur étude occupera des générations de chercheurs, pour les siècles à venir. Vers la moitié du XVIII siècle il y avait environ 6.500 familles nobles en Galice.

La ferme, dans l’environnement de chaque manoir, avec les potagers, vergers, champs pour les céréales, le vignoble, les dépendances pour le personnel et pour le matériel agricole, est généralement séparée par des murs de l’enceinte habitée par la famille du maître et par les domestiques.

Le « horreo », grenier, et le « palomar », colombier, sont toujours présents.

D’après le Professeur Pegerto SAAVEDRA, la politique familiale, dans cette Galice du Moyen Age et de la Renaissance consistait à privilégier les mariages entre « vinculeiros », c’est à dire entre héritiers destinés à recueillir la totalité ou la plus grosse part d’une succession.

La richesse allait à la richesse, et on vit se constituer ainsi des fortunes impressionnantes.

On trouve même assez souvent le cas de « filles », héritant à la place d’un frère aîné, car on peut envisager pour elles un mariage avec un « vinculeiro ». Un tel mariage renforcerait le pouvoir de la famille .

Surtout, si on tient présent à l’esprit, que la reconnaissance du statut de « Hijo d’algo » ( hidalgo), résultat de tout un procès en recherche généalogique, mené à la Real Chancilleria de VALLADOLID, accordait à la noblesse l’exemption totale du payement d’impôts et taxes, au delà de l’attribution de la charte de blason et de privilèges judiciaires. Les reconnus « nobles » ne pouvaient être jugés que par leurs pairs.

Sans toutefois oublier que, prise dans son ensemble, la Galice était une province pauvre et rurale.

La grande majorité de ces familles habitaient dans leurs manoirs, et vivaient des rentes royales, de celles payées par les fermiers et très souvent des revenus de charges exercées.

Charges de toute nature, administratives, judiciaires, militaires ou de Droit Privé, comme celles d’avocat, notaire, etc. Surtout pas le moindre métier manuel ou mécanique. Métiers interdits. Seules la Médecine et la Chirurgie restaient accessibles à la noblesse.

Dans l’article cité plus haut, le Professeur SAAVEDRA illustre son travail par des références à des œuvres littéraires de deux écrivains gallegos très célèbres , la Comtesse Dona Emilia PARDO BAZAN et D. Ramon VALLE-INCLAN , qui était un invité permanent du pazo de Xunqueiras.

Tous deux avant les honneurs littéraires et la renommée acquise à Madrid, avaient vécu dans leurs manoirs de Galice. La « vida pacega » qui était la leur, par l’appartenance à la noblesse de terroir, nourrissait leurs œuvres.

On peut trouver un équivalent littéraire  dans l’oeuvre de George SAND.

Mais vers le milieu du XVII siècle, se fait sentir au fin fond de la Galice l’appel des grandes villes, Madrid, Tolède ou les merveilleuses villes andalouses telles Sevilla, Granada ou Cordoba qui offrent une vie culturelle autrement riche, par le théâtre, le concert, les modes vestimentaires.

Ils imitaient en cela les nobles courtisans, les grandes familles de Cour, qui, eux, possédaient depuis des siècles une résidence à Madrid ou Tolède. Ils ne venaient dans leurs pazos gallegos qu’en Eté ou pour les fêtes paroissiales, vendanges ou événement familial majeur, comme des obsèques ou un baptême.

La noblesse de terroir galicienne commença alors à déserter les campagnes et à se partager entre le manoir en Eté et Saint Jacques de Compostelle, Léon, Tolède, Valladolid ou Madrid le reste de l’année. Ces murs qui avaient abrité leurs ancêtres depuis des siècles n’étaient plus que des résidences secondaires, confiées à des régisseurs et produisant des rentes.

Les régisseurs encaissaient les loyers et les revenus fermiers, géraient les ventes et les achats des produits des fermes et rendaient compte annuellement aux « maîtres » absents.

Régulièrement aussi, surtout si la demeure urbaine du maître n’était pas très éloignée, des quantités impressionnantes de victuailles empruntaient les routes et les chemins pour être consommées en ville.

J’ai trouvé dans ma branche SAAVEDRA, aliée aux ALDAO (ALDAN), les rapports annuels concernant l’économie du manoir du ROSAL. L’expédition hebdomadaire des produits de la ferme vers St Jacques de Compostelle y est comptabilisée.

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Pazo «  O Rosal »

Si on regarde une carte de Galice, côté Atlantique, dans la partie sud-ouest, on aperçoit entre la ria de VIGO et celle de PONTEVEDRA, une presqu’île.

C’est la presqu’île d’EL MORRAZO. Les îles CIES, classées au Patrimoine Mondial, sont au bout de cette péninsule.

Pratiquement en face de VIGO, mes ALDAN (ALDAO) habitaient le Pazo du ROSAL. Par des mariages entre vinculeiros et des héritages successifs, ces ALDAN possédaient dans les années 1700 une des plus grandes fortunes de Galice.

La famille résidait à Saint Jacques de Compostelle, dans leur Pazo urbain et le ravitaillement empruntait toutes les semaines la route entre le ROSAL et la Ville compostellane.

Le Pazo du ROSAL a été hérité par un D. Gonzalo de SAAVEDRA après dispositions prises par un oncle et une tante, sans enfants. Ceci se passait dans les années 1600 environ. Par la suite et pratiquement sur 200 ans, ce pazo n’est plus sorti de la famille.

Lors de la fête annuelle, au nom de l’orago de la paroisse, la tradition voulait que le seigneur offre à tous les paroissiens un gigantesque pic-nic, où l’on sacrifiait deux bœufs, plusieurs veaux, des dizaines de « paires de volaille », des tonneaux de vin, et des quintaux de gâteaux au miel e noix, spécialité de la région.

Par son travail à SEVILLE, dans le fonds Camarasa des Archives de la Fondation Ducale de Medinaceli, le Professeur Pegerto SAAVEDRA, nous offre aussi un relevé annuel de la comptabilité du Pazo da OCA.

Ce relevé couvre pratiquement un siècle. Le siècle qui vit la dépense exploser par les travaux princiers, entrepris par Don Fernando GAYOSO ARIAS OZORES, VII comte d’Amarante. Confortés par les rentes du Comté d’AMARANTE, les GAYOSO, entreprennent des travaux gigantesques.

En parallèle avec les dépenses habituelles de sustentation des humains et des animaux, on ajoute la dépense de maçons, souvent des maîtres tailleurs de pierre, de forgerons, souvent aussi des maîtres forgerons, de menuisiers et d’ébénistes, vitriers, etc. Sans parler des légions de jardiniers, dirigés par le français François VIET. Et, à demeure, le charpentier CADET, français lui aussi.

Nous avons aussi les journées de travail, par métier. La nourriture n’était pas prise en compte, chacun se débrouillait pour sa propre « popotte ».

Je reprends, au hasard, ci-dessous quelques éléments des tableaux du Professeur SAAVEDRA.

Sur un tableau 5 figure un relevé des journées de travail payées, au Pazo de OCA, pendant la période 1796-1797. Qui dit journée de travail, dit un travailleur .

Don Fernando GAYOSO, ayant hérité le Pazo da OCA, après le décès d’un oncle sans descendants, se trouve donc déjà à la tête d’un patrimoine impressionnant quand il se marie avec Dona Maria Josefa de los COBOS BOLANO, héritière, elle, du marquisat de la PUEBLA de PARGA et des seigneuries de CILLOBRE, TORES et XUNQUEIRAS.

De cette inépuisable source de rentes arrivent les sommes destinées à faire du Pazo de OCA, dans la province de Pontevedra , le « Versailles galego ».

En attente de quelques documents-clés confirmant de façon sûre certaines parentés, voici un document intéressant :

A l’Université de S. Jacques de Compostelle, en 1608, on trouve un D. Diego de SAAVEDRA y ALDAO ou ALDAN.

Il pourrait être un bon candidat au tître de grand-père de D. Diego SABEDRA de ARAUJO, décédé le 20-01-1717 à Cequeliños, ARBO, dans la « casa-torre    A MOREIRA ».

Sur le dossier d’inscription au Collège de FONSECA, dans l’Université de St Jacques de Compostelle, figure la généalogie de D. Diego de SAAVEDRA y ALDAO, pour prouver la « pureté de sang ».

Né à Pontevedra, ses parents sont:

-D. Mendo de SAAVEDRA, de Pontevedra et Dona Inês PEREZ de ARAUJO

-Grands-Parents paternels : D. Gonzalo de SAAVEDRA de Pontevedra et D. Antonia de ANDRADE

-Grands-parents maternels : D. Alonso LOPEZ VELOSO, de RIBADAVIA et D. Gregoria PEREZ de ARAUJO, de Ventusela (RIBADAVIA)

-Arrière Grands-parents paternels paternels : D. Pedro de SAAVEDRA (hijo del Padre D. Gonzalo de SAAVEDRA) et D. Maria SANCHEZ de ALDAO ( hija de D. Nuño ALVAREZ)

-Du côté maternel on trouve Juan MENDEZ, fils du Cardinal Juan MENDEZ de MORRAZO, lui même descendant du Cardinal Juan MENDEZ de MORRAZO.

– Arrière Grands Parents MP : Juan GONZALEZ VILARINO ( fils de Antonio ou Pedro VASQUEZ et Beatriz LOPEZ) et Isabel LOPEZ, fille de Gil AIRES.

– Arrière Grands Parents MM : Sebastian de ANO ( fils de Gregorio de ANO et de Maria MARCOS) et Inês PEREZ de ARAUJO ( sans mention des parents)

Pendant plusieurs générations, une presque endogamie apparaît dans cette famille, les ALDAO et les SAAVEDRA se mariant presque exclusivement entre eux.

C’est très à regret que j’arrête ici, pour un temps, ce travail de recherche sur mon 8ème grand-père D. Diego SABEDRA de ARAUJO.

J’ai le testament par lequel il reconnaît être le vrai père de la châtelaine de MOREIRA, Dona Angela de ARAUJO PUGA y SAAVEDRA, ma 7ème grand-mère.

La lecture de ce testament nous permet d’éclairer sa descendance, mais malheureusement il ne nous apprend rien de certain sur sa propre ligne ascendante.

Encore une fois, les documents venant de Galice, me font défaut.

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